L’Ode à la vie – #MusiciansForSyria | Campagne de dons pour les enfants réfugiés

Mardi dernier, je courrais dans tous les sens pour que le concert sous la banderole “Musicians for Syria” prenne place et soit un succès. Tous ceux qui bossent dans le milieu des concerts savent de quoi je parle. Des programmes à plier au dernier moment, les invités à accueillir, des livraisons, des oublis, des coups de téléphone etc. Croyez le ou non, mais dans mon cerveau fatigué il restait un peu de place pour être un brin anxieuse. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser – non pas sans fierté ceci dit – que nous cochions avec brio la check list des écervelés fascinés par Daesh : un soutien occidental pour les réfugiés Syriens, deux jeunes Français à la tête du concert, de jeunes musiciens de divers horizons et nationalités, quelques noms de la musique classique, un compositeur Syrien ayant déjà fait face à de terribles représailles, des musiques de “l’abominable” occident etc. Il ne manquait plus qu’un after avec un peu de débauche et nous étions bon. Quand Nicolas a levé ses bras et laissé les premières notes de l’orchestre s’échapper, mes craintes ont disparu instantanément. Ces notes libres et pleines de vie c’étaient celles de Phoenix in Exile, l’œuvre merveilleuse et tendre de Malek Jandali. Elles se sont gracieusement élevées dans l’enceinte sous le regard hypnotique de cette petite fille photographiée par un autre enfant réfugié.

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Je suis Charlie… et les autres

Il est triste mon petit cœur ce soir. Cela fait trois longs jours que je le sens un peu brisé dans ma poitrine. Il devrait se sentir apaisé maintenant, mais non. Je voulais préparer quelques articles pour le blog, mais je n’ai pas trouvé l’élan qui m’anime d’habitude. J’ai eu du mal à fermer l’œil ces dernières nuits, à me concentrer au travail, voire à produire quoique se soit. J’ai eu l’impression de perdre des copains que je ne connaissais pas. C’est un sentiment étrange.

Même si je n’ai pas hésité une seule seconde à brandir mon stylo et ma pancarte à Trafalgar Square, j’ai longuement réfléchi à nos réactions ; à ce qu’il convenait de faire ou ne pas faire ; à ce qui dresserait les cheveux de la coupe au bol de Cabu ; ou ce qui grossirait un peu plus les yeux de Charb derrière ses épaisses lunettes. A l’heure où j’apprends que les auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo, du meurtre de cette jeune policière et de leurs dernières victimes sont hors d’état de nuire, je lis dans le métro ces mots de Pierre Hadot à propos de Pyrrhon :

“En fait il est impossible de savoir si telle chose est, en soi, bonne ou mauvaise.”

Merci Pierre, cela me donne une minute de répit. Il est bien ce bouquin Qu’est-ce-que la philosophie antique? je vous conseille de le lire. Sincèrement. Si les Frères Kouachi et ceux qui suivent aveuglément tous ces mouvements qui forcent et violent les pensées et les libertés des autres l’avaient lu, on n’en serait sûrement pas là. Bref. J’ai longuement réfléchi et je n’ai évidemment pas su trouver de réponse. Ou du moins, je me laisse dire que le meilleur hommage que l’on puisse rendre à toutes les personnes qui ont perdu la vie durant ces jours tragiques c’est de suivre nos cœurs. C’est de continuer de nous éduquer, de nous cultiver, de nous informer et de regarder le monde avec notre esprit critique. C’est de tolérer et respecter l’autre et d’obtenir la même chose en retour. Demain, je vais reprendre mon travail et poursuivre mes rêves et mon entreprise, je crois que c’est ce que j’ai de mieux à faire. Je crois que c’est ce qu’ils auraient fait, eux.

Dans la stupeur cependant, je suis heureuse de t’avoir vue toi, notre bonne veille France, descendre dans la rue en quelques heures et ce à travers le monde entier. Je suis heureuse et rassurée de savoir que tu n’oublies pas des valeurs qui nous sont chères et essentielles. De Voltaire à Hessel, des hommes et des femmes ont gravé à jamais dans ton cœur ce mot que tu scandes aujourd’hui: liberté. Tu n’as pas peur de défier au grand jour ceux qui menacent de te faire taire. Dans le drame et dans les moments sombres c’est une lueur d’espoir vive. Pendant mes études à Goldsmiths, on m’a souvent demandé ce qui me plaisait chez toi. J’étais fâchée à l’époque, je t’en voulais, mais ma réponse était (et reste) constante: ton histoire et ta satire. Oui. Ton rire et ta dérision m’ont toujours charmé. Tu n’imagines pas comme j’étais fière il y a quelques années d’entendre parler des Guignols et de Charlie Hebdo dans le film Viva Zapetero! Pour celui qui n’est pas français ce n’est pas toujours palpable et compréhensible cette dérision, ce “on peut rire de tout”, trouver le juste milieu et ne pas humilier la personne visée. Mais à mes yeux, c’est ce qui fait notre identité. J’ai lu beaucoup de témoignages nostalgiques sur Le Monde à propos de Charlie Hebdo. Beaucoup de personne plus âgées que moi, arrivée en 1988. Mais à la maison aussi, de temps à autre Charlie faisait irruption et faisait rire toute la famille. Il traînait ensuite dans un rayon de la bibliothèque près de Sexuellement Correct de Wolinski et un tas d’autres BD que j’ai feuilleté des milliers de fois.

Se revendiquer de l’Islam et mourir dans une épicerie casher. Décimer une rédaction et mourir dans une imprimerie. Putain, mais c’est con.

Laura